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Une sexologue en vadrouille: à la découverte d'un love-shop...

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sexologue

 

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir discuter sexualité et plus précisément sextoys avec la charmante Estelle, gérante du love-shop Délicatescence (1) à Liège. Toutes les deux, nous avons arpenté les rayons de sa boutique à l’ambiance cosy et feutrée, à la découverte du rapport qu’entretiennent les femmes et les hommes d’aujourd’hui avec leur plaisir. Dans ce premier article de la série consacrée à ce sujet, je vous propose de partir avec moi à la rencontre de cet univers singulier qu'est le love-shop.

 

Alors, qu'y trouve-t-on ? Quel public y rencontre-t-on? Y vient-on seul ou en couple? Je vous propose un tour d’horizon de ce qui fait vibrer (et pas que !) la sexualité des liégeois à l’ère de ce qu'on pourrait presque qualifier de deuxième révolution sexuelle. Suivez le guide !

 

Vous n’êtes pas sans le savoir, le recours aux sextoys comme jeu érotique est de plus en plus répandu et dépasse largement l’idée première qu’on s’en fait, à savoir le confinement à la masturbation féminine. Le marché s’ouvre aux hommes et aussi aux couples, à tel point qu’une étude française de 2017 nous apprend qu’on joue à l’heure actuelle plus en couple qu’en solo. Par ailleurs, cette étude révèle que 49% des Françaises assument avoir déjà utilisé un sextoy au moins une fois dans leur vie. Ce chiffre a augmenté de 40% en dix ans, ce qui témoigne d’une certaine " banalisation " de l’utilisation des sextoys.

 

En tant que sexologue, je vérifie cette tendance quotidiennement, à savoir qu’un nombre de plus en plus important d'hommes, de femmes et de couples en utilisent. Ce qui est surtout marquant pour moi, c’est la facilité avec laquelle mes patients en parlent en consultation. Quand j’aborde la question des pratiques sexuelles qu’ils affectionnent, bon nombre sont encore très mal à l’aise et baissent la voix quand il s’agit de parler de sodomie (« Vous avez dit anus ? ») alors qu’ils se montrent bien plus enjoués et démonstratifs à l’égard de leur jouet. Le sextoy, en quelques années, est devenu l’accessoire indispensable à glisser sous les draps, un véritable effet de mode.

 

« Depuis l’ouverture de la boutique en 2005, j’ai vu une énorme évolution. Le sextoy est devenu un accessoire de mode et on se sentirait presque coupable de ne pas en avoir un. A l’heure actuelle, on sort des statistiques dans le Flair sur le nombre de sextoys que les femmes ont chez elle. C’est presqu’une obligation. » - Estelle Courtois

 

Il suffit de faire un petit tour par l’Histoire pour se rendre compte que l’intérêt pour les objets procurant du plaisir sexuel ne date pas d’hier. Dès la préhistoire, on retrouve dans les grottes des ébauches de godemichets, dont certains à deux têtes (ils avaient déjà de l’imagination nos ancêtres !) et cela n'a cessé d'évoluer par la suite, depuis la simple reproduction phallique en pierre de nos ancêtres les plus lointains en passant par l’utilisation des objets ménagers au service de la sexualité dès l’apparition de l’électricité (... Je vous laisse à votre imagination...) jusqu'à l'engouement que l'on connait aujourd'hui.

 

Ce qui a radicalement changé ces dernières années, c’est plutôt l’adaptation du design au plaisir et à l’érotisme féminins, parfois loin des diktats d’un phallocentrisme séculaire.

 

« Le canard vibrant a révolutionné la sexualité en proposant un modèle plus naïf, plus accessible des sextoys. L’air de rien, ils répondaient jusque-là à un fantasme plutôt masculin. Depuis, la femme s’en est mêlée en intégrant un design plus féminin, esthétique, en même temps qu’ergonomique. Les industriels n’ont pas opté pour l’esthétique absurde qui n’a pas de sens pour notre anatomie et heureusement ! » - Estelle Courtois

 

Car bien consciente de l'évolution des mœurs, l’industrie s’est rapidement emparée de ce marché juteux. A l'heure actuelle, on trouve de tout et pour tous les goûts, mais la diversité de l’offre fait en sorte que ce n'est pas toujours évident de faire un choix judicieux. D'où l'intérêt de pouvoir faire appel aux boutiques spécialisées et d'ainsi pouvoir bénéficier des conseils d'un vrai professionnel du secteur: vous pourrez ainsi viser une parfaite adaptation à vos besoins et envies, que vous soyez seul ou en couple, homme ou femme, hétéro ou homo.

 

Ensuite, pour ceux qui se posent la question et se demandent vers quel genre d'établissement aller,  ce qui différencie les sex-shop des love-shop, c'est essentiellement ce qu'on y trouve et l'ambiance qui en découle. Un love-shop est un lieu dédié à l’érotisme et à la sexualité sans tomber dans la vulgarité et le côté volontairement axé "pornographie" des sex-shop habituels. Le pari d’Estelle, en ouvrant sa boutique il y a maintenant 13 ans, était le suivant : « J'ai voulu créer l’endroit que j’aurais voulu trouver moi-même avec mon compagnon de l’époque et qu’on ne trouvait pas ».

 

Ici, on ne trouve pas de DVD ni de magazines pornographiques. L’ambiance se veut chaleureuse, décomplexée mais pas vulgaire pour permettre à l’érotisme de retrouver ses lettres de noblesse et à la sensualité de se déployer. Pari réussi pour Estelle, soucieuse du moindre détail, puisqu’en entrant dans sa boutique, tous les sens sont mis en éveil. On y trouve de la lingerie de qualité, pour hommes comme pour femmes, des gels "plaisir," des bougies aux parfums enivrants, des huiles de massages à déguster à même le corps du partenaire, des plugs anaux, des stimulateurs vaginaux, clitoridiens, des masturbateurs des plus sophistiqués pour les hommes, mais aussi des livres et DVD éducatifs, des kits de rééducation périnéale, des lubrifiants, bref, tout ce l’industrie fait de mieux pour contribuer au développement ou à l’entretien d’une sexualité épanouie, tout en sensualité.

 

Ne vous méprenez pas : loin de moi l’idée de vous faire croire que le recours au sextoy est la seule manière d’avoir une sexualité digne de ce nom ou d’avoir l’orgasme le plus explosif.

Je suis d'ailleurs intimement convaincue que la sexualité dans ce qu'elle a de plus pure se suffit à elle-même et que non, il ne faut pas absolument avoir recours à une aide extérieure pour avoir du plaisir et pimenter sa vie de couple, loin de là. La langue experte de votre partenaire peut continuer à vous envoyer dans la stratosphère de manière inégalée sans culpabiliser, rassurez-vous.

 

Le tout est au final de pouvoir trouver la recette qui vous convient et comme pour beaucoup de choses dans la vie, de trouver le bon dosage. Les excès nuisent en tout.  J'assiste, par exemple, ces derniers temps, à l'arrivée dans mon cabinet de  jeunes patientes qui ont connu les objets vibrants avant d’avoir découvert leur corps, développé leur imaginaire érotique ou d'avoir leur premier rapport sexuel. Elles se retrouvent  alors chez moi en consultation parce qu’elles n’arrivent pas à jouir sans leur devenu "indispensable" jouet. Il faut tout réapprendre, se défaire de l'emprise du sextoy pour redécouvrir la simplicité.

 

Pour autre exemple, on peut trouver en boutique une panoplie d'ouvrages portant sur la sexualité, des "guides" sexuels aux romans érotiques. Je ne peux que conseiller la lecture de ces ouvrages, que ce soit à titre informatif ou pour stimuler le désir. Mais une fois de plus, la clairvoyance est de mise. En effet, on observe par exemple aujourd'hui, suite à la déferlante de la saga Fifty shades of Grey, ( et ce même si cette dernière a quand même permis de démystifier les pratiques SM, d'ouvrir le dialogue sur certains fantasmes et sur l'utilisation des sextoys), une forme de régression en matière d'émancipation sexuelle féminine. En effet, la série, ainsi que tous les ouvrages de la même veine qui ont pris sa suite, véhicule notamment l'idée que l'homme contrôle l'orgasme féminin, précepte que les femmes ont pourtant mis des siècles à démanteler. A chacun donc de pouvoir faire la part des choses et de faire fonctionner son esprit critique.

 

Ceci étant dit, il est évident que je conseille très régulièrement à mes patients de pousser la porte d'un love-shop. Je leur propose de se laisser aller, d'être curieux, de flâner, tout simplement. Pas parce que c'est à la mode, pas parce qu'on doit forcément passer par là pour être dans le coup mais parce que c'est bon et que ça fait du bien d'investir sa sexualité.

 

Certaines femmes en panne de désir y trouveront une première approche "soft" pour renouer avec la sexualité en investissant dans une huile de massage...

 

D'autres, après des années de frustration, découvriront un premier orgasme grâce à un vibromasseur bien choisi...

 

Pour un homme en mal d'aventure, l'achat d'un masturbateur lui permettra de découvrir des stimulations inédites dans le confort de son intimité et d'apprendre à mieux gérer son excitation en parallèle de la thérapie...

 

Pour un couple dont la sexualité perd un peu de vitesse, le simple fait de se promener à deux, main dans la main dans un love-shop permettra de retrouver une complicité, de ranimer la flamme, d’éveiller des feux endormis...

 

Car acheter un jouet ou autre, c’est la promesse de passer du bon temps, seul ou à deux. C’est se projeter dans la rencontre avec soi-même ou avec l'autre et pour certains couples, par exemple, submergés par la vie quotidienne et qui n’ont plus toujours le temps de se laisser aller à fantasmer, c’est déjà salvateur. C'est rendre concret, matériel, ce qui devient parfois accessoire.

 

Les love-shop, en rendant accessible le thème de la sexualité, ont également permis au plus grand nombre de bénéficier de conseils sexologiques. Ainsi, Estelle m'a par exemple expliquée qu'en tant que conseillère, elle fait de l'éducation sexuelle au quotidien. Elle a aussi été contactée par le CHU de Liège pour un partenariat. Ainsi, les médecins y envoient leurs patientes en oncologie pour l'achat de lubrifiants adaptés à leurs besoins.  D'autres part, certains kinésithérapeutes proposent le recours aux boules de Geisha pour la rééducation périnéale. Enfin, pour beaucoup, c'est aussi la première étape d'un processus thérapeutique.

 

"Il est vrai que c'est sûrement plus facile de pousser la porte d'une boutique que de commencer une thérapie car ça n'engage à rien. Certaines clientes viennent parfois avec des problèmes de vaginisme. Je peux leur proposer des kits adaptés mais si le problème perdure, je leur propose d'opter pour une thérapie. Pareil, par exemple, pour les clients souffrant d'éjaculation précoce. Il existe des produits adaptés à leur demande mais ça ne suffit pas toujours. " - Estelle Courtois

 

Pour ceux enfin qui se demandent s'il y a un âge limite pour se rendre dans un love-shop, je vous propose de terminer par cette jolie anecdote d'Estelle. Quant à moi, je vous retrouve très bientôt pour un article plus spécifiquement dédié aux différents sextoys existant sur le marché!

 

"Je me rappellerai toujours de ce vieux couple qui est venu un jour à la boutique. Je ne sais pas quel âge ils pouvaient bien avoir tous les deux, je dirais 80 ans, au moins. Ils étaient à la recherche d'un sextoy sur batterie après avoir fait sauter les plombs d'un hôtel avec le leur... La dame est revenue à la boutique le lendemain et m'a expliqué que l'homme qui l'accompagnait n'était en réalité qu'un de ses amants. J'ai trouvé ça génial, ça donne de l'espoir, non?" Estelle Courtois

 

 

 

Margaux

 

 

(1) Délicatescence, Rue Feronstrée 121, 4000 Liège

 

 

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