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A l’occasion de la Saint-Valentin, la chaîne liégeoise RTC m’a contactée pour m’interviewer sur l’impact des sites de rencontres, et plus particulièrement de Tinder, sur la sexualité des patients que je reçois (pour l'interview, voir l'onglet "Médias et liens utiles" de ce site).

 

J’ai tout de suite accepté tant il vrai que ce nouveau mode relationnel a bouleversé les mœurs. En consultation, j’ai pu observer une réelle évolution, encore plus sur ces trois dernières années, avec la popularisation de l’application, sur la manière d’entrer en contact, sur la séduction et l’apparition de la sexualité dans la relation.

 

Tout d’abord, Tinder, c’est hype. L’équipe marketing derrière le phénomène, à grand renfort de publicité via les stars des 4 coins du monde, a bien réussi son coup. Bien loin du tabou des sites de rencontre, on parle maintenant de ses « matches » en société, sans honte.

 

Mais en tant que professionnelle, qu’en penser ? Les Tinder, Happn, Weeple et autres applications, on like ou on jette ? Sont-elles la clé d’une sexualité enfin épanouie et libérée, de rencontres faciles et pourquoi pas celle du grand amour ? Ou sont-elles au contraire le nid douillet pour lover toutes nos désillusions ?

 

Pas plus tard qu’hier, je lisais un article paru en décembre 2018 sur le site Mediquality intitulé « Comment la technologie et la masturbation ont pris le dessus sur la révolution sexuelle » (1). Dans ce texte, l’auteur, Marc Van Impe, passe en revue l’œuvre d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, dans laquelle l’écrivain décrit avec conviction, en parlant de la technologie, ce que d’autres auparavant ont pu dire de la religion « Heureux les croyants, ils ont leur opium » ou comment endormir les masses (et leur sexualité) en leur donnant une drogue suffisamment forte pour pallier à toutes leurs envies. Huxley est, de loin, un visionnaire, c’est une évidence si on observe la tendance sociétale générale et notamment ce qui se passe actuellement au Japon.

 

Dans son article, Marc Van Impe explique d’ailleurs que contrairement à ce qu’on aurait pu penser, l’accès plus que facile à la pornographie n’a pas eu les effets attendus. Là où on aurait pu s’attendre à voir émerger une génération d’obsédés ou une libération sexuelle à la hauteur de ce que les soixante-huitards auraient escompté, les jeunes d’aujourd’hui semblent au contraire éteints et de plus en plus enclins à se replier sur eux-mêmes : « (…) nous sommes dans une société où la masturbation et l’auto-abus ont remplacé  les rapports sexuels, où l’on a troqué les interactions réelles pour le divertissement virtuel et où les sexes sont de plus en plus éloignés les uns des autres. Pas d’utopie sexo-positive comme l’avaient prédit les féministes de la troisième vague, donc. Mais un monde de plaisirs privés éphémères et d’isolement social permanent, de paix sociale par la stérilité, de sexe virtuel comme opium du peuple qui autrement subirait des échecs sexuels ».

 

Néanmoins, ma pratique professionnelle m’amène à nuancer ces propos. Toute médaille a son revers, tout enfer à son paradis. L’Ere de la technologie, c’est aussi bien l’accès à la pornographie et à la masturbation que l’accès à la sexualité via les applications aussi.

 

Lors de l’interview pour RTC, le journaliste m’a demandé si Tinder aidait les personnes à avoir des rapports sexuels. Ma réponse est catégorique : Oui, Tinder a changé radicalement la capacité d’une personne lambda à s’envoyer en l’air. Oui, c’est plus facile, carrément. Dans les bons jours, on peut même court-circuiter tout le jeu de séduction, toute la parade amoureuse qui se joue généralement en pré-coït pour directement aller planter son drapeau en terre conquise. Pas top pour autant, me direz-vous. Alors, est-on en train de tuer la sexualité à petit feu par le virtuel ? Par la facilité ? Par la surexposition?

 

Peut-être... Mais peut-être parce que je suis par nature une grande optimiste, peut-être parce que je n’ai comme panel d’observation qu’un très petit pourcentage de la population, peut-être aussi et plus encore parce qu’en toute logique, les personnes que je reçois tous les jours n’ont pas abandonné le combat puisqu’elles sont devant moi, je remarque que si les mœurs ont changé, les cœurs beaucoup moins. Personnellement, ça me rassure déjà beaucoup.

 

Contrairement à la pornographie et à la masturbation, pour ce qui est des applications, le passage dans le réel et la rencontre sont évidemment un but en soi pour beaucoup. J’ai déjà pu observer certaines personnes qui restent terrées derrière leur Smartphone et qui développent une addiction aux « like » ou aux conversations uniquement virtuelles à teneur sexuelle mais ce n’est pas représentatif de la majorité.

 

Ensuite, de mon observation, le passage par ces sites est souvent contenu à une période particulière de la vie, notamment par exemple comme je l’explique dans le reportage, aux premiers moments post rupture. Il ne faut pas oublier que derrière tous les aspects négatifs qu’on peut y trouver, ces applications construisent ou reconstruisent aussi. Pour certains, elles permettent de sortir la tête hors de l’eau, de booster leur confiance en eux mais aussi d’élargir leur cercle social et leur donner accès à toute une série de personnes auxquelles ils n’auraient probablement jamais parlé dans la vraie vie.

 

Car il faut bien l’admettre, l’art de la séduction n’est pas donné à tout le monde. Soit qu’on est trop timide, soit qu’on ne sait pas s’y prendre, soit qu’on ne fréquente pas le bon milieu. Ici, d’un clic, d’un geste du doigt, c’est le monde qui s’ouvre à vous. L’homme ou la femme qui est installé depuis X années dans sa vie professionnelle, qui fréquente le même groupe d’amis, le même club de sport, bref, qui a l’impression fondée ou non d’avoir fait le tour des possibilités, se retrouve avec une myriade de personnes prêtes à le/la rencontrer.

 

Alors, oui, certains vont utiliser ces applications uniquement à des fins sexuelles. Et, oui, parfois, ça donne lieu à des dérives et à une exploitation de ce vivier humain comme d’un produit de consommation ordinaire. Mais si tout le monde est consentant, pourquoi pas ? C’est fort heureusement la plupart du temps comme ça.

 

En tant que spécialiste de la sexualité, je vois même apparaître un nouveau mode de thérapie et de communication. Certains patients célibataires, par exemple, parlent très ouvertement de leurs difficultés sexuelles dès les premiers échanges et utilisent ces applications comme moyen d’avancer dans leur thérapie. Ils délient alors les langues, permettent aussi à l’autre d’exister dans toute sa singularité, de s’exprimer, comme ça, d’un coup d’un seul, là où d’autres n’en sont pas à ce niveau de partage après plusieurs années de mariage. Auparavant, ces mêmes patients auraient peut-être été vers des services tarifés, avec toutes les conséquences que cela peut entrainer sur l’estime de soi. Ici, ils boostent leur égo et vont de l’avant dans un même geste. Personnellement, je trouve ça extraordinaire.

 

Là où le bât blesse, de mon observation, c’est plutôt quand l’utilisation des applications se prolonge et que l’amour tarde à pointer le bout de son nez. Car oui, j’en suis persuadée et je me répète : Les mœurs ont changé, mais pas les cœurs. Nous cherchons tous l’amour, toujours et de tout temps, avec plus ou moins de conscience. Alors quand les rencontres se multiplient et que les échecs se succèdent, c’est là que la désillusion et le désenchantement s’installent.

 

Voici donc mon conseil : les sites de rencontre, les applications, c’est comme un bon vin : à boire avec modération. Ça peut être merveilleux et décupler les plaisirs mais autant s’éviter la gueule de bois.

 

Bémol également pour les cœurs sensibles et autres fleurs bleues qui attendent beaucoup d’un partenaire et très vite : je déconseille. C’est aussi de l’ordre de la responsabilité individuelle que de se connaitre et de savoir qu’on va aller nourrir nos blessures en allant vers ce type de rencontres plus légères ou désintéressées dans un premier temps.

 

Alors, pourquoi ne pas tirer le meilleur parti de ce qui vous est offert ? La seule question à se poser est finalement la suivante : « Quel bénéfice puis-je retirer de l’utilisation de cette application ? » et de se répéter la question, à chaque connexion, jour après jour. Au moment où la tendance va vers le négatif, vous arrêtez. Peut-être pas pour toujours, peut-être juste le temps de prendre le temps justement, de relever la tête de votre écran, de humer l’air qui vous entoure, de sourire à des gens dans la rue ou dans les parcs, d’ouvrir les yeux sur un collègue de bureau ou sur la boulangère du coin. C’est en étant plus conscient, en se posant des questions régulièrement, qu’on évite les pièges.

 

Et ça, ça vaut pour tous les aspects de la vie.Trouver le juste équilibre. Et bien entendu, je ne le répèterai jamais assez, protégez-vous les amis !

 

 

Margaux

 

(1) MediQuality "Comment la technologie et la masturbation ont pris le dessus sur la révolution sexuelle" Marc Van Impe

 

 

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